Chapitre 4 : Transmission ou tradition ?

February 22, 2019

 

 

Je ne crois pas en dieu. Selon moi, c’est presque génétique la croyance, et je n’ai définitivement pas le gène. Toutes les tentatives pour ‘m’y mettre un peu’ ou du moins être plus ‘traditionaliste’ se sont terminées par des échecs cuisants. Je dirais même plus : À mesure que mon identité juive se renforce et s’affine, mon rapport au sacré diminue ! Cette année, j’ai même balayé d’un revers de main Yom Kippour. Le jour du Pardon que TOUS les juifs du monde entier, depuis des milliers d'années respectent ! En plus d’aller travailler,  j’ai hésité à manger la baguette saucisson de Paul… Tout cela va vraiment trop loin !

 

Il faut dire que mes parents m’ont conditionnée à la laïcité et l’athéisme depuis ma plus tendre enfance. Dès sept ans, j’allais avec mes cousins au CLEJ, Colonie Laïque de l’Enfance Juive. Les séfarades comme moi y étaient minoritaires, mais ayant une mère psychanalyste je me fondais dans la masse de mes ‘camarades’. Le mot n'étant pas choisi au hasard puisque la culture ashkénaze, qui dominait nos assiettes et nos discussions, était accompagnée d'un héritage communiste. Nous chantions ‘Dehors prolétaires’ et ‘L´Internationale’ et nous boumions le vendredi soir. Alors Dieu, il pouvait bien repasser après Bouge de là de MC Solaar !

 

Mes grands-parents avaient pourtant ramené du Maroc dans les années 50 un judaïsme plus pratiquant et nous nous retrouvions religieusement (c’est ironique) tous les vendredis et jours de fêtes avec ma famille paternelle. Mais c'était toujours dans la fumée de cigarettes et au milieu des cris que mon grand père tentait, tant bien que mal, de faire les prières. Plus les années passaient, plus celles-ci rétrécissaient, pour devenir finalement une phrase incompréhensible et brève, suivie d’un ‘Amen’ puissant qui en marquait la fin.. Et voilà !

 

Si Sonia et Jenifer partageaient cette approche non religieuse du judaïsme, mon entrée à l'UEJF m'a nécessairement confrontée à d’autres types de juifs. Des juifs révoltés qu’on leur colle un examen un vendredi après midi et qui voulaient plus de nourriture casher dans les universités. J'étais en terre inconnue, voire hostile !

 

C’est d’ailleurs avec une certaine hostilité que quelques années plus tard, quand je décidai de ne manger que de la viande casher pendant Pessah, la pâques juive, ma mère me lança un ‘Fais gaffe, tu deviens vraiment bête’ … Heureusement ma rébellion ne dura que quelques jours,  elle aurait sinon, pour me tenter, dévalisé le compartiment de viande Charal de Monoprix pour cuisiner son fameux steak au poivre tous les soirs !

 

Malgré les réticences de ma mère, je me laissai influencer par ce nouvel entourage, ces mauvaises fréquentations, qui me permirent d’approcher mon judaïsme de manière différente. Non, je n’allais pas devenir pratiquante (c’est dans les gènes je vous l’ai dit !), mais je découvrai que contrairement à ce que ma famille m’avait transmis, il était possible de respecter, même sans y croire, certains rituels et surtout ceux qui les pratiquaient.

 

Je pouvais, en effet, écouter une prière silencieusement,  sans bailler ou lever les yeux au ciel et sans que cela signifie que je sois touchée par la grâce de Dieu.  

 

C’est ainsi que durant ces premières années à l’UEJF, je mis mon esprit rebel Post Mai 68 de côté pour apprendre de nouveaux codes, m’insérer dans une communauté et surtout rencontrer de nouvelles personnes qui sont aujourd’hui encore mes amis.

 

Shirley fut, dans ce contexte, la première ‘vraie juive’ que je connus  lors d’une convention nationale en Israël. Elle avait le teint mate, un brushing permanent, des robes longues et les gens de son Université l’applaudissaient dès qu’elle rentrait dans une pièce. Shirley parlait fort et tapait des mains encore plus fort. Une signe qui  lui reste distinctif 15 ans plus tard !

 

Mais Shirley, c’était surtout ce charme séfarade que ma famille avait cherché à effacer. Elle faisait partie de ces juifs que je considérais comme plus juifs que moi, dont la vie sociale et la vie tout court s’organisaient autour du judaïsme. Shirley ne revendiquait pas plus qu’elle ne dissimulait son judaïsme, elle était Juive dans un environnement où il était normal, voire commun de l'être.

 

Au contact de Shirley, Lila, Myriam, je me laissais aller à un peu de tradition et de folklore. Je comprenais  ainsi que Pessah, en plus de Kippour, était une fête très importante pour se rassembler et se ressembler. C’est la raison pour laquelle je décidai de m’y mettre cette même année. Je fis d’ailleurs semblant de connaître les bambas, ces chips autorisées lors de la pâques juive dont tout le monde parlait, et j’appris qu’en tant que tunisienne je pouvais continuer á manger du riz. Pourquoi pas….

 

J’allai faire un vrai Pessah dans la famille de Lila à Nice, je voyageai en Israël,  je jeûnai en plein été pour un garçon croyant et j’en arrivai à tenter la viande casher ! Bref, j’étais convertie !  Mon cours de Torah ne dura pas plus que quelques années mais j’en retirai un sentiment d’appartenance et des amitiés durables.

 

Si chaque génération a un rôle à  jouer quant à la transmission, la nôtre, deuxième génération d’ímigrés, a définitivement joué celui du Retour. On se marie sous la Houpa, on ne passe pas une soirée sans danser sur Rachid Taha et on tente sans cesse de rendre hommage non pas à nos parents, mais à nos grands parents porteurs d’une culture que l’on veut volontairement préserver.

 

Si l’on pouvait retourner en arrière, je demanderais peut-être à mon père d’éteindre sa cigarette et à mon grand père de la faire bien sa prière, de la faire lentement, car aujourd’hui ce sont des souvenirs qui me manquent et des moments que je ne peux plus transmettre.  Mais je dis bien peut-être…



 

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